| ALPHAVILLE™
Association - Casablanca Maroc
Alphaville & Lieux Fictifs présentent:
"Atfal
Larmitage"
Une proposition de film de Caroline Caccavale.
Coproduction d'Alphaville & de Lieux
Fictifs.
Chronique d’un repérage
Quartier d’El Miter-Bouchentouf
Fayçal est un préadolescent, vif, intelligent et lucide
sur son environnement.
Un peu réservé, il reste toujours en retrait. Il me parle du
parc et de son envie de pouvoir s’y promener en toute
sécurité. Le soir, il rêve de retrouver le havre de paix dont
parlent les « anciens » du quartier.
Fayçal connaît tout le monde sur ce territoire, toute sa
famille y vit : ses parents, ses deux frères et sa sœur.
Pourtant, il échange très peu de paroles avec les autres
jeunes que l’on croise dans la rue, simplement un regard de
reconnaissance qui ne va jamais plus loin. Il se tient
toujours à une certaine distance. Je peux communiquer très
facilement avec lui car il parle parfaitement le français, à
l’opposé des autres jeunes du quartier qui malgré une
scolarité similaire ne maîtrisent pas cette langue.
Tout cela renforce le sentiment de différence qui se dégage de
sa personne.
Il m’explique qu’il a beaucoup de choses dans sa tête, des
choses qu’il n’arrive pas toujours à exprimer. Il me parle de
son désir d’image, de son expérience sur les films « Sawarni »
et « Tamara ». Il semblerait que cette expression directe par
l’image soit plus apte à signifier ce qu’il ressent, ce qu’il
pense. Il porte toujours un regard intéressé à mon appareil
photo.

Nous nous quittons à la tombée de la nuit et nous donnons
rendez-vous le lendemain matin sur la place du « Canal de Suez
». L’association d’El Miter Bouchentouf, dirigée par Abdallâh
Zaazaa, y organise un atelier d’expression ouvert aux enfants
du quartier.
Au programme : concours de dessin sur fond de musique avec
ampli et console pour l’occasion.
À Casablanca, les contrastes sont toujours plus saisissants.
Des éléments symboliques et antagonistes comme une couronne de
roi et une bouteille de coca aussi gigantesque l’une que
l’autre peuvent cohabiter dans un même paysage. Et cela ne
semble surprendre personne ici.
Quand nous arrivons, la place est vide. Nous pensons être
trop en avance, quand soudain j’aperçois une camionnette dont
le toit ouvrant laisse apparaître un monticule de tables
pliantes, une sono d’un autre âge et deux amplis.
En quelques minutes, les tables sont installées, un câble
électrique est tiré depuis le café du Canal de Suez situé sur
la place et la sono est branchée. La scène est dressée et
attend d’éventuels participants. Abdallâh me confie son
angoisse de ne voir aucun enfant arriver. Je m’inquiète du
travail de communication effectué sur le quartier pour
informer les habitants de l’existence de cet événement.
Il me répond sur un ton fataliste : « on les a avertis à
l’Assemblée générale, puis après, on fait confiance au
bouche-à-oreille. On ne sait jamais combien ils seront, s’ils
viendront…on verra bien… »
Le temps d’avaler un café au bar de Suez et me voilà face
à une nuée d’enfants, concentrés sur leurs dessins et entassés
sur les tables à tréteaux.
Caroline Caccavale

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